Qui sont les miens, qui sont les gens des clans auxquels j’appartiens ?

Quand j’écris, j’essaie d’inspirer la réflexion, ou de donner un sens au-delà de la séquence de l’histoire que je raconte. En somme, je me dis que je dois savoir le thème de mon roman, au moment où je commence à l’écrire, afin que les histoires de l’histoire soient cohérentes. Et à mon travail d’auteur, il me restera à ajouter une touche de légèreté, pour que le tout soit digeste.

Au fond, je tâche de me souvenir de ce que Nicolas Boileau disait il y a plus de trois siècles :

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément »

Un exemple d’une inspiration ?

Au printemps de la mi-avril, je me retrouve dans un sentier de forêt, au bord d’un étang rempli de grenouilles 🐸. On est le 10 avril, plus précisément, ce moment de l’année où la nature reprend vie.

Des grenouilles qui coassent par milliers, qui s’ébattent sous les chauds rayons de soleil printaniers, voilà la nature dans toute sa splendeur.

Je monte sur la plateforme de bois désignée pour les visiteurs au-dessus de l’eau, dans ce centre écotouristique où je me suis rendu. En plongeant mon regard dans l’eau peu profonde avec mes lunettes de soleil polarisées, je suis aussitôt saisi d’une scène cruelle.

Juste sous mon nez près du quai de bois, j’observe la scène : trois grenouilles agressives s’en prennent à une grenouille obèse et infirme, dont une des pattes arrière est clairement plus courte.

Les trois jeunes adultes, dont la taille fait deviner qu’elles sont fraîchement dépourvues de leur queue de têtard, prennent un élan et foncent à tour de rôle sur la grenouille obèse qui fait le double de leur taille. Elles attaquent à répétition chacune de leur côté, et tentent à l’unisson de pousser la grosse mal exercée et peu athlétique vers le fond. Les forces sont inégales. Les tentatives répétées des agresseures sont couronnées de succès : la grenouille difforme est entraînée au fond, calée, incapable de prendre une respiration. Dans le chaos de coups, elle périt par noyade, flottant maintenant entre deux eaux; elle vient de passer à une autre dimension.

Je suis témoin de ce crime animal survenu en plein jour sous les rayons de soleil ardents et bienvenus du printemps. La nature a repris ses droits : la grenouille défaillante est supprimée, et ainsi éliminée elle ne sera ultimement pas en mesure de reproduire sa tare dans le clan. Débarrassés de l’intruse, les congénères seront plus forts.

Ainsi va la vie, les clans se forment à l’infini, dans une tentative innée de vouloir préserver seulement ce qui est « sain ».

Par analogie, je comprends mieux les querelles et nombreuses alliances que créent les humains pour préserver et renforcer leurs diverses fraternités. Dans un éternel réflexe de survie, les “bons” oiseaux doivent chasser les oiseaux de malheur. À la limite on s’en va vers un type de purification des caractéristiques souhaitées, à la manière de la purification ethnique. Le potentiel de cohésion des énergies est énorme.

À quels clans est-ce que j’appartiens, là sont toutes les questions… C’est que je dois les identifier, afin de savoir quelles caractéristiques de moi je veux reproduire, et avec les personnes indiquées, les miens.

Or qui sont les miens ? Qui se ressemble s’assemble, dit l’adage…

En tout cas, dans l’immédiat, je viens d’identifier un thème porteur pour mon prochain roman, un suspense autour des alliances et déviances.

Albert Bérubé

Écrivain et journaliste, Albert Bérubé a notamment œuvré de 1985 à 2010 comme reporter et adjoint du chef de pupitre aux quotidiens La Tribune de Sherbrooke et La Voix de l’Est de Granby. Il a complété un Certificat en journalisme à l’Université Laval, et un Baccalauréat en études françaises et anglaises à l’Université York de Toronto. Homme de communications, il parle couramment espagnol. Comme journaliste à plein temps, il se passionnait de développement économique, politique, d’éducation, de santé et d’environnement.[...]

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