J’ai l’âme romancière ; c’est ainsi. Lorsque j’étais jeune, j’aimais me retrouver seule dans ma chambre, et me créer des scénarios. Autour de moi évoluaient ces personnages qui occupaient une partie de mon quotidien. 

À cette époque, mes histoires demeuraient dans ma tête, mais des années plus tard, captivée par une révélation étonnante, j’osai enfin concevoir un roman inspiré de cette divulgation. J’en fis donc une fiction de 554 pages, puis un autre roman suivit, puis un récit et quelques nouvelles. Je ne vis pas de ma plume, mais l’écriture a intégré ma vie et me nourrit ; elle me plonge au cœur de mes sentiments et favorise mes réflexions. 

Il m’arrive aussi d’écrire spontanément de brèves histoires, des faits vécus. Parfois l’impression ressentie est si forte que bien malgré moi, le besoin de coucher mes émotions sur le papier me devient nécessaire. 

Voici donc en mots un de ces moments qui m’a fortement ébranlée et que j’ai intitulé : 

Le courage du pardon

C’est sur le plateau de Tout le monde en parle que je l’ai vue pour la première fois. À cet instant, je n’avais pas totalement réalisé l’horreur vécue durant le génocide du Rwanda. Violée par toutes les fibres de son corps, cette femme croit encore en Dieu, parce que malgré tout, le sida l’a épargnée.  

Je la revois, cette fois-ci, dans le cadre d’une activité pour la Journée des femmes dans un film titré, Mère courage. Je m’assieds près de mes collègues dont quelques-unes craignent de ne pouvoir regarder l’insupportable. On nous a quelque peu rassurées en nous disant qu’on n’y verrait aucune scène d’horreur.  

À première vue, rien d’intolérable. Que des femmes qui s’expriment et des paysages qui défilent. Mais les mots, eux, font naître les images. Criantes de souffrances. Étrange paradoxe, ces scènes qui se déroulent devant nos sens incrédules reflètent une grande force et une soif de vivre. Portée par les paroles de ces femmes qui ont vécu l’enfer, mon imagination débarque à leurs côtés, dans ce pays qu’elles sont en train de reconstruire.  

Mon âme tressaille en entendant les pleurs déchirants de la jeune fille, racontant la fin atroce de sa mère mutilée. C’est le cri de l’innocence brutalisée au plus profond des entrailles. À l’instar de cette mère courage, mes épaules se voûtent légèrement vers la jeune fille dans un vain espoir de pouvoir l’envelopper de ma tendresse qui surgit tel un volcan. Le temps et l’espace n’existent plus, je suis immergée par cet océan de peine qui surgit par le ventre. Le désarroi m’habite et… quoi d’autre ? Les mots me manquent. 

Cette femme appelée à juste titre, Mère Courage, lance un appel à ces hommes qui se sont égarés dans la haine et la bestialité. Avec une note empreinte d’espoir, elle leur enjoint de venir se confesser, et d’obtenir ainsi leur pardon. Elle ose, cette Grande Dame, les appeler encore ses frères.  

Je suis retournée à mon bureau, le cœur accroché là-bas, au Rwanda. Une femme nommée Athanasie Mukarwego a fait naître en moi une vive impression. Le courage du pardon.  

Claire Meilleur

Écrire un roman, c’est pagayer sur les méandres de la rivière. Jaillissant telles des gouttes d’eau, les mots creusent les sillons. S’imprégnant du courant aux abords du rivage, l’âme du lecteur et de l’auteur se rencontrent. Native de Montréal, Claire Meilleur, également narratrice, se passionne pour le chant et l'écriture. Son second roman sera publié par Essor-Livres Éditeur en septembre 2[...]

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2 commentaires

  1. Je suis heureuse de lire ces lignes. Je suis heureuse que ta plume exprime si bien puissance du pardon. Toujours un heureux plaisir de te lire.

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